Version imprimable crise de quoi


"Ce qui compte échappe à ceux qui comptent"

Taylor St-Blas, Nairobi 1895


Nous avons donc cessé d'être un pour n'être désormais plus considérés que pourcents.
Pas seulement nous d'ailleurs: toute notre évaluation du monde y est passée.
Pourcentages de la population, du chomage, des indices boursiers, des indécis, des nitrates, du PIB, du déficit, de la croissance, des intentions, du rapport hommes-femmes, vieux-jeunes, pauvres-riches, de matière grasse ou de sucre dans le sang.
Pas de notion de l'esprit dans cet énuméré. Pas de percée linguistique, de naissance d'un concept, de vision philosophique, de création artistique ou scientifique bouleversante.
Pas de progrès humain, juste une fraction du tout que formeraient les autres.
 
Il en est de même pour la gouvernance du monde.

De nouveaux prêtres en costars sans humour ni vision, sans questions ni autres hésitations que le nombre de zéros à aligner, vont dire ce qu'est le ciel.

De plus en plus de chiens de garde, flics, brigades de choc, contrôleurs; d'armées modernes robotisées;  de drones sur nos têtes, de caméras ou de mouchards intrusifs, d'humanitaires à bâtons, de penseurs à même pas deux balles vont s'assurer qu'on sorte la tête de l'eau, mais pas les pieds.

De ternes personnages vont prendre les rênes de l'humanité comme si celle-ci était un tableau Excel
Un monde de chiffres en crise où tout l'effort porte à maintenir le plus faible pourcentage du bon côté du manche: c'est le détournement de la démocratie à la faveur des trémolos financiers.
Tant qu'on pouvait fournir à chacun son os sous forme de voiture, de sam'suffit, de plan de retraite, de mobile ou de débat télé, le bastringue fonctionnait.
Aujourd'hui où le Germinal de Zola ressemble à un conte de fées pré-internet, le pouvoir doit resserrer les cordes qui nous relient

dans un espace social désargenté

La société se demande si dieu va redresser l'économie. L'individu, lui, hésite entre ne pas bouger et courir au loin; entre se regrouper auprès de ses pareils et fuir l'appareil (dans les îles Cayman pour les riches, dans une île déserte pour les misérables, en espérant tomber sur une vendredi bien roulée).


Place à pas de place et Occupy ta mère

Chaque frémissement historique a toujours débouché sur deux sortes d'issues: soit le déclin rapide, entraînant la dispersion des liens, des repères et du développement social, soit une brusque poussée en avant, un progrès radical dans les domaines scientifiques, économiques et surtout, politiques. Mais ça dépend du peuple et là, on sait que ce ne sont pas nos sociétés gavées qui auront le courage, comme en Syrie par exemple, d'affronter la répression.


Si vous avez un itinéraire favori prière de le signaler au chauffeur

Sinon faites comme d'hab', draguez la concierge ou le curé, inscrivez-vous dans un nouveau réseau social, droguez-vous, devenez alcooliques, lisez des journaux gratuits et dîtes-vous que c'est de ça qu'on cause. Car après tout ni les sujets, ni les questions abordées n'ont jamais été nécessaires ici: chacun chacune est toujours venu avec ses rires ou ses peurs, ses aveuglements ou ses aliments, ses questions et ses liens, ses confusions et ses éclairs de lumière.

Une question peut-elle être finale?
Pourquoi le monde (sous la forme du FMI) consacre t'il presque tous ses crédits à aider le continent le plus riche?
leblase va t'il chausser du 44?
Devons-nous absolument serrer la ceinture des autres si nous voulons maintenir notre taux de graisse?
Filez-vous toujours un pourboire au taxi, au facteur, au connard qui vous fracasse un demi sur le comptoir?

Le sens a t'il une raison d'être?


Version imprimable le mètre altère


"La première conséquence de l'unité, c'est d'exclure"

Bossuet


 
On peut se demander si les notions éternelles de proximité ou d'éloignement entre humains ont encore un sens.
Si les "relations" que l'on entretient quotidiennement avec des "proches" que l'on ne voit plus depuis des années, ainsi qu'avec le vaste monde devenu si accessible ne sont pas devenues aussi réelles qu'un théâtre en tournée.


Du point de vue du vécu individuel, où donne t'on de la tête?

Le discours absurde de nos faux experts nous parle d'un monde de plus en plus irréel et insensible, sinon insensé et surtout sans conséquences.

Prenons un exemple tout bête: je sais parfaitement que des dizaines de milliers de gens sont en train de mourir de faim en Somalie (c'est un exemple).
En lisant la presse j'apprends ce serait la conséquence des guerres (dont par ailleurs on ne dit jamais l'origine).
En lisant ce que je vais chercher dans la sphère économique, je vois bien que cette famine est surtout le résultat de la curée financière de ce début d'année sur les matières premières alimentaires devenues un enjeu spéculatif qui d'un côté a accru la fortune de certains et de l'autre a rendu la bouchée de pain hors de prix pour le petit paysan du tiers-monde incapable d'acheter de quoi semer, ou le pauvre citadin jeté hors de chez lui.

Suis-je plus proche de ceux quji crèvent dans une misère abjecte digne des plus sombres récits de l'Histoire, une horreur que je n'aurais plus cru possible il y a quinze ans quand je faisais de l'humanitaire à la con?
Ou suis-je plus proche des brillants traders qui ont utilisé à peu près les mêmes canaux dont je me sers pour écrire ce billet?


Du moment que certains bouffent



C'est ainsi que ces notions de distance et de contact échappent au rationnel.
Elles m'éloignent d'abord de moi-même en me permettant sans culpabilité une compassion de trois secondes, une colère vertueuse de cinq secondes (le temps d'envoyer un touit hashtaggé).

En altérant ma sensation de distance à l'autre il y a risque, par suite de dépendance à ce 2.0, d'étouffer mon humanité plus sournoisement mais aussi bien qu'en absorbant le discours fasciste recommandant d'exclure progressivement les laissés pour compte, les différents, les autres.

Les papys et mémés qui hurlaient au téléphone durant les communications longue distance n'avaient-ils pas finalement raison?

Comment perçoit-on le non-dit, le frisson, le battement d'un coeur sur un écran?

Puisque celui qui est loin est plus facile à contacter que celui qui est près, où sommes-nous?


Version imprimable la bringuebale



"Le temps qu'il fait n'est pas le Temps qui passe"

Anonyme, 1397 av. J-C


Je discutais il n'y a pas longtemps avec un de ces jeunes (quadra, hein) dirigeants d'entreprise, beau mec brillant, intelligent, volontaire, cultivé, curieux d'ouvertures et tout et tout et j'avoue avoir été frustré de constater combien la propagande officielle occidentalo-française faisait de ravages.

Partant du prétexte illusoire que nous aurions une presse libre, un tas de gens comme lui ânonnent la bouillie de fausses données, d'éléments trompeurs débités comme incontestables; vantent les distorsions de concepts tels que (par exemple) la liberté et la démocratie, de menteuses conclusions sur le monde et la réalité dont nous abreuvent des médias pressés, sans mémoire et en conséquence, sans références.
A chaque fois l'attention de centaines de millions de gens se porte (est portée, en fait) sur tel ou tel sujet aussitôt oublié pour s'avachir sur un autre, sans recul, sans solution, sans intelligence.
la soi-disant urgence du précédent évènement vite oubliée

Les notions d'aboutissement ou de réalisation ont été remplacées par celles de victoire, de réussite, ou de conquête.
La finalité se résumerait à des épiphénomènes du genre obtention d'un poste, écrasement d'une opposition, conclusion d'un marché, mise au lit, partie gratuite au flipper, accession au niveau 28 d'un jeu en ligne, voire renversement d'X ou Y.
Tout ça est chouette, comme disait mon arrière-grand-père en s'encanaillant mais ne résoud rien à une échelle globale, générale, commune, intemporelle, personnelle.

Pour autant qu'existe encore une personne.

Ce serait du pipeau si cela n'entraînait un des trucs qui devrait nous être le plus insupportable: l'atteinte à la liberté de penser (on ne parlera même pas de la liberté d'expression, qui en découle).

En effet, la pratique (et sa manifestation) d'un mode de pensée, d'évaluation ou d'appréciation différent de celui qui est divulgué par le discours général (un consensus déguisé en débat) devient aussi difficile aujourd'hui dans la sphère occidentale que ce l'était du temps de la domination du clergé.

A chaque fois vous seront opposés des sentimentalismes à deux balles (qui n'aime pas les bêtes n'aime pas les gens, comme disait Hitler) ou objectés des litanies idiotes et limitées par des lois devenues si étroites et irréelles (on ne dit pas un chat noir mais un chat de couleur) que l'espace social se rétrécit à une idéalisation conçue par des gens de peur.

Sans cesse revenir à soi
Réappréhender son propre ressenti, son expérience intime. Se reconnaître dans le souvenir d'un regard, d'une parole ou d'un geste étranger au moule moderne, tout pour (tenter de) retrouver une suite logique authentique, conséquente avec notre humanité.
Il faut sans cesse s'arracher à la domination imprimée ou écranisée par une classe sociale étroite, maigrichonne, inculte, terrorisée mais dominante.
Oublier le vocabulaire des experts de quedalle, et considérer au nom de notre propre individualité le monde, ses agitations et ses étendues avec un regard frais, presque ingénu.
Vous remarquerez que je n'ai pas utilisé l'adjectif "libre", devenu obscène.

Vaut-il mieux arrêter de penser ou arrêter de penser qu'on pense?
Croyez-vous ce qu'on vous dit autant que ce que vous dîtes (ou l'inverse)?
Ce monde du Temps court peut-il durer plus que le Temps long?
Si le Prophète était Papou ou Kanak, porteriez-vous un étui pénien au congrès de l'UMP ou du PS?
Pensez-vous que les missiles transportent une forme de libération?
Savez-vous que le claffoutis aux myrtilles est excellent en utilisant du lait de brebis?



Version imprimable Au tour du centre

de vous à moi


"Le meilleur mensonge, c'est dire qu'on ment"

Albertine Leblase
, lettre à mon père


Devant les infos de la télé, la radio, les journaux papiers ou en ligne ne nous arrive t'il pas de nous sentir séparés du monde en apprenant ce qu'on nous dit qu'il serait advenu?
Sachant que séparé n'est pas forcément exclu, mais veut dire qu'il y a d'un côté le monde, cet espace bourré de vous tous les autres milliards de gens, et de l'autre côté nousmoi, ce déroulement de vie trébuchante?
D'un côté la force du Temps et avec lui l'Histoire, de l'autre le nez sur le guidon et l'oubli que nos esprits sont bien trop étroits pour saisir l'ensemble?
Nous avons le réflexe de croire que nous comprendrons le vrai, et saurons donc discerner le faux, comme si le vaste cosmos était à notre dimension, comme si l'extraordinaire différence entre Pierre et Paul n'existait pas.


Comme si la vérité marchait à visage découvert


Il est certain que les évènements ne se déroulent pas vraiment tels que les petits cerveaux des rédactions de presse nous racontent. Mais c'est plus parce que les journalistes sont enfermés dans le bocal du scoop et de l'annonce, et non pas parce qu'ils attendent un coup de fil du Grand Pouvoir ou des Grands Intérêts qui les sommeraient de dire tel ou tel déroulé, sciemment mensonger.

Nos aïeux reposaient souvent sur le bouche à oreille pour avoir des "nouvelles" (qui n'en étaient plus tant le phénomène était lent) et étaient tributaires de la dérive des transmissions subjectives.
Nous sommes au contraire perpétuellement sollicités par des alertes venant de la Terre entière (Terre dont nous ignorons la réalité dans sa diversité), allant du niveau chat écrasé aux décisions géopoliques gobales, comme si nous étions formés et informés pour en saisir les signifiants.
Ce n'est pas le cas bien sûr, pourtant ce qui est commun aux deux époques, c'est que nous appréhendons le monde à l'aune de nos ethnocentrismes et nos égoïsmes, lesquels reflètent en général nos petites connaissances et nos petits intérêts (ou ce que nous croyons être nos intérêts).

Quoiqu'il en soit, lorsqu'une actualité  bouleversante nous tient soudain tous en alerte, au moins quatre attitudes se distinguent:
  1. On avale tout sans discernement.
  2. "On n'y peut rien!" (le pire, d'après un sondage au sein des Ets leblase))
  3. On intègre l'évènement au sein de la chaîne qui l'a constitué, et l'on tente d'en deviner le prochain maillon.
  4. On refuse d'y croire.

Quelle place donner au mouvement du monde?

Là encore, deux autres attitudes paraissent prépondérantes:
l'une pense qu'on a mal compris mais que tout va s'éclairer.

l'autre pense que c'est une désinformation voulue, qu'on nous cache la vérité.

Bref, le fameux complot.

N'est-il pas amusant de constater que le village global à une grosse tendance à se transformer en forum de concierges?
Qu'au moment où l'on dispose de la fonction d'immersion et de partage, on se replie sur son petit soi tiédasse?
Le réflexe complotiste, manifestation paranoïde à propension universaliste n'est-il pas à la fois le refus du changement et le refus de la différence?
Ce refus n'amène t'il pas souvent à chercher un bouc émissaire?
Un sournois, un traître, un espion, qu'en dénonçant on pourrait éliminer dans l'illusion de repeindre un monde plus conforme à l'étroite chose qu'on est capable d'appréhender?
Le méchant est-il vilain?


Dans ces instants, ne vous vient-il pas à l'idée que le monde serait vrai et vous, faux?
 
Ou le contraire, ça va de soi.


Version imprimable La fausse commune


"- Toi et moi ne faisons qu'un.
  - Oui, mais lequel?"

Oscar Wilde


  Les mots me manquent. Non pas que je ne les aie plus en moi mais la parole publique, le vocabulaire partagé, le discours entendu sont en rupture de sens.

Comment dire?

Au verbiage vide des responsables nationaux s'ajoute celui des journalistes et leurs raccourcis, les témoins calibrés, politiciens robotisés, montages d'images, experts redondants, statistiques orientées, sondages réductifs, etc.
Nous sommes charriés par le discours public.
L'Angelico télévisé, les femmes photoshopées, les résidences du bonheur isolé, l'orgasme de la cuiller de yaourt, les troupeaux de touristes déplacés d'un faux lieu à un autre, les "actualités" de façades -cannibales- ont officialisé le délire sémantique.

Le faux devient vrai dans un monde trompeur.
Le mot, qui devrait dire, dissimule.

On l'a constaté lors de la crise économique quand seuls les fautifs, -les banques- ont été secourus grâce aux fonds des victimes, les contribuables.
On pourrait le constater dans plein de domaines, sauf que l'habitude de la déformation du sens nous a hébétés.
Un truc simple: pourquoi envoyons-nous de jeunes hommes à des milliers de kilomètres pour tuer (ou se faire tuer par) de jeunes Afghans qui, chez eux, n'aiment évidemment pas les gens qui les bombardent et viennent leur dire: on va vous construire des écoles, c'est gentil non?
Pour perpétrer ce mythe de la libre démocracie dans laquelle nous vivrions, de la défense de libertés dont on peut se demander si nous les avons nous-memes.
On nous crée un tas de motivations ou d'arguments ahurissants.
Le fait est que nous payons pour tuer en raison de motifs:
  • humanitaires, démocratiques, légauxs (ONU)
L'expérience des Ets leblase est que la guerre est avant tout un mensonge.

Ce n'est jamais un truc rapide, bénéfique, à la fois palpitant et soulageant.
Ll'argument, c'est donc qu'on ferait la guerre à l'autre par amour d'un autre autre: Make war for love.
Pendant que rien n'est fait pour secourir les centaines de radeaux de la méduse d'immigrants traversant la mer sur des coquilles, les morts éperonnés par les patrouilleurs italiens, les accords de Schengen foulés par la France.

Avec quel soin nous partageons l'espace
La catastrophe au Japon dont les conséquences se feront sentir pendant des années aurait dû nous faire vaciller (Tiens? Plus personne ne parle d'empêcher la sous-traitance dans cette industrie), mais vite le discours public propose un autre sujet.
A la place, guerre dans le pays du chocolat (un réglement qui aurait pourtant pu être réglé autrement, autrefois).
Puis ce fut "on a retrouvé la carcasse de l'avion", ensuite ce sera "les boîtes noires".
Il ne s'agît pas d'un complot mais d'une ritournelle pour nous, les crétins.

La parole officielle en démocratie devient un double vitrage qui nous isole de la misère du monde et nous fait accepter d'infliger le pire en notre nom, tout comme les taliban se servent d'un livre sacré pour excuser leurs horreurs.
Nous sommes acculés au mirage.

Les micros nous assurent que l'exclusion est faite au nom de l'Union, l'écrasement du faible (celui qui n'a rien mais voit nos richesses) est essentielle pour les droits élémentaires de tous (nous, quoi).
Le spectacle constant dans nos rues d'uniformes armés de pistolets, tasers, mitraillettes, menottes, bâtons confirmerait que nous sommes protégés.
On nous dit que les jeunes dégradent l'espace public quand au contraire, en une participation sociale imprévue des énarques ils y expriment généralement l'angoisse et l'énergie de leur génération.
La liberté de religion ou d'athéisme exigerait même dorénavant de cacher nos convictions personnelles religieuses, politiques, morales (et certains plus que d'autres) au nom d'une nouvelle idole dont apparemment les "responsables" ignorent le sens: la laïcité (du grec laikos: le peuple).

Les mots dérapent, le sens glisse, la conscience se pète la gueule, la vérité est obscène.

Comment acceptons-nous cette torture du sens, notre bien commun pourtant?
Peut-on partager la vie, l'espoir, l'amour, la caresse, l'esprit de l'échange quand les mots nous ont été volés et corrompus par les strates politiques, commerciales, militaires, intellectuelles, parfois même artistiques?
Les films Brazil, District 9, le livre 1984 sont-ils des fictions?
Que dire encore?
Qu'entendez-vous?
Allo?




Version imprimable Radieux

De la méduse

"Ce n'est pas le nuage qui fait l'ombre, c'est le soleil"

dicton Shiksaw

Une mutation dans l'air, dans l'eau, dans le sol même et récemment jusqu'à l'axe de la planète qu'on a déplacé signalent que dans les allées parsemées de fleurs et de feuilles qui éclosent ce n'est pas seulement le Printemps qui s'annonce. C'est aussi un changement imprimé à cette Terre que nous aimons si mal.

Des désirs s'expriment, des peurs s'affirment, des folies se confirment.

Collectivement on a fait fort; individuellement nous persistons à battre des cils de vierge effarouchée mais c'est un statut auquel nous ne pouvons cependant prétendre: nous sommes tous une partie du lot.
C'était un choix, en quelque sorte.


Savoir si le soleil se couche ou se lève sur l'Empire
Non que nous ayions expréssément choisi le nucléaire ou que nous regrettions les centrales à gazfioulpire.
Mais nous voulons toutes ces merveilles technologiques: fer à repasser wifi, home cinoche, munition explosive à éclatement relié;nous prenons l'ascenseur pour le deuxième étage, le TGV pour gagner une heure sur quatre, l'avion pour en gagner trois, le surgelé pour manger des crevettes de Madagascar, l'air conditionné en zone tempérée.
L'internet non plus n'a rien de virtuel: la visite d'une des fermes de serveurs d'un grand moteur de recherche, vorace en énergie électrique, est convaincante. Nous sommes sur le shplouc (et ailleurs.truc) grâce à un serveur composé d'éléments douteux assemblés en dix-sept minutes dans des usines où l'esclave moderne use ses yeux et la Terre ses ressources.

Avec nous l'herbe est plus verte
(image garantie sans colorant)
Certains diront que l'on peut avoir tout ça grâce à l'énergie du vent et du soleil.
Mais pour obtenir autant de mégaouate qu'aujourd'hui faudra t'il une hélice sur la casquette de chacun, des panneaux solaires dans le dos de tous?
Sans se pencher sur les constituants polluants nécessaires aux panneaux, aux éoliennes et surtout, aux batteries?
Sans parler des dérapages de cette industrie dont le lobby est déjà bien en place?

Donc ni ni comme disent ceux qui pensent que le racisme à table n'est pas pire que la boutique adverse.
Car nous n'avons plus ni la tête ni les pieds sur terre.

Depuis trop longtemps

Toutes choses qui nous renvoient à cette idée que l'individu peut influer sur le collectif.
Le choix n'est ainsi pas plus éthique que politique, pas plus moral que pratique. Mais pas moins non plus.

Quelle équation faut-il établir entre l'âme, l'esprit et le ventre?
L'idée que le Japon -civilisation exemplaire-vient de démarrer le processus de sa fin vous fait-il mieux aimer vos charentaises?
leblase va t'il devenir bien-pensant, et faut-il bien-penser?
Un soutien-gorge bien garni est-il plus Pascalien qu'une déclaration des droits de l'homme larguée par un Rafale?
Ceux qui croient en un être suprême auront-ils des tentacules au Paradis?


Version imprimable Nos Futurs

Dégage

"Notre espoir dans l'Avenir c'est vivre comme avant"


Adam, "Perspectives Européennes"13milliards av JC
Les Belges nous prouvent sans le vouloir qu'on vit aussi bien sans gouvernement qu'avec, mais à part ça les pays d'Europe manquent bien de souffle.
Comparés avec le Mondarab en pleine ébullition politique et sociale, nous semblons carrément grabataires.
Ce n'est pas seulement le renversement bienvenu de cinq ou six salopards et de leurs sbires qui est si exaltant.
On a déjà dit un tas de choses sur ces bouleversements politiques, sociaux et géostratégiques auxquels on assiste, mais il y a une dimension dont on ne parle pas assez.

Cet intense bouillonnement créatif et artistique: ces slogans, affiches, tactiques de rue, musiques, danses, installations, mimes, peintures et graffiti de la place Tahrir , de Manama ou de Benghazi par exemple; ces photos de jeunes gens installés à la hâte dans les palais chamboulés ou carbonisés et qui refont les icônes, les poèmes, les élans de leur monde mutant.
Voilà ce qui sera peut-être le changement le plus profond d'une parole si longtemps muselée, d'une vision si longtemps occultée, des échanges si souvent bridés et qui pourrait provoquer un basculement culturel global inattendu.

"auxquels on assiste"?
Oui, c'est tout le problème.
Nous, on ne fait que regarder.

Tels les vieillards d'un village, assis sur un banc pour que le soleil révolutionnaire réchauffe nos os usés en attendant que l'infirmière (ministre, député, expert, superéditorialiste, philophefrançaisà2balles, etc) nous fasse rentrer dans notre dortoir de surabondance factice, de liberté encadrée.

 
l'Europe, cet hospice vieillot
Le "Vieux continent", une résidence pour pensées affaiblies, aux messages inaudibles, redondants et futiles proférés par des automates cravatés?

Le monde Arabe n'est pas seul à nous faire la nique. Les USA, le Brésil post-Lula, l'Inde qui crée une économie élastique et de nouveaux rapports sociaux, la Chine qui exporte tout, du soir au matin, du PQ au PC et réinvente une société qui, si elle nous apparaît pour l'instant fermée, est en réalité une marmite qui chauffe.

Tandis que nos voisins européens gèrent les affaires courantes et trébuchantes, la France gère ses affaires dégoulinantes.
On ne parle que des pathétiques mesquineries de ministres minables alors qu'il faudrait relier ce réveil arabe aux réactions que l'injustice provoque en France mais qu'on n'évoque que sous l'angle de la criminalité, quans elle est en fait politique, culturelle et générationnelle.

on aime les jeunes qui viennent d'ailleurs, s'ils y retournent
Je vois les uniformes bleus, cuirassés, casqués, qui contrôlent et harcèlent nos adolescents; j'entends nos marchands qui les gavent, nos génies de la com qui les tentent, nos penseurs qui les ignorent.
Je constate que l'élite fictive, nos dirigeants, les accable d'une morale dépassée, hypocrite et finalement bien plus virtuelle et factice que les téléchargements sans cesse reprochés à nos enfants sur le Net.
J'attends


entre la porte fermée et le miroir aux alouettes
Alors quoi?

Pendant qu'une partie du monde pauvre, à 60% âgé de moins de 25 ans est en train de réclamer l'avenir, quel moteur autre que marchand, quel exemple autre qu'oligarque, quelle utopie rêvons-nous?


Pouvons-nous reprendre un peu de hauteur?



Imaginez-vous ce ça que doit être de découvrir, comme le font certains ces temps-ci, l'ardeur et la folie du don de soi?
Saviez-vous que pas mal de zyeuxmuets amicaux m'écrivent pour dire que mes billets sont souvent parfois incompréhensibles.
Ça me rassure, je ne les comprenais pas non plus, mais les lisez-vous?
Pourrons-nous guérir du message politique qui passe naze sur nos télés?
Pensez-vous à la joie que ce doit être de s'apercevoir que l'horizon n'était qu'un mur, et que ce mur s'effondre sous vos doigts?
La carte Vitale rembourse t'elle les atteintes à la santé mentale des dictateurs et démagogues?

La liberté porte t'elle une culotte?

Sinon, il faut l'aider dans la Cité de la joie






Version imprimable L'horizon barbelé

ce qui gonfle éclate


"La contradiction est un indice de vérité"

Hegel, La science de la logique


Le succès du pamphlet de Stephane Hessel irrite: les habituels intellos du système, genre Cyrulnik-Ferry défendent la thèse selon laquelle l'indignation, par le surcroît d'émotion qu'elle induit, nuirait à la lucidité, voire au sens de la réalité.
Voilà des gens raisonneurs et raisonnables.
Des gens qui connaissent, que dis-je, qui possèdent le réel. Le réel est à eux, le réel est eux.

De leurs bouches rémunérées coulent pourtant des mots sans pensée, des discours d'escalators répétés, copiés, canalplussisés.

Ils représentent en celà une logique qui ne coûte pas cher en réflexion, une analyse d'occase.

Reléguer l'indignation à un caca nerveux pour vieillards séniles ou ados immatures ne suffira pas à parer ce que représente l'engouement populaire pour "indignez-vous".

Car l'indignation n'est pas qu'un surcroît d'émotion:


elle est le ferment indispensable à la révolte.

En 2005, dans un billet célèbre dont j'ai la flemme de retrouver la trace, les Ets leblase avaient prophétisé (barbe, montagne, foule féminine en adoration, ahhh..Que de souvenirs!) les "mouvements" ou "émeutes des cités".
Aujourd'hui la direction, cloitrée dans ses bureaux par ses employés ultragauchistes et obligée de se nourrir du caviar réservé aux signatures de contrats, le communique:

la révolte est bien ce qui frémit en Occident, en Chine, en Russie, où des fortunes colossales augmentent de façon automatique alors que parallèlement les populations font face à la montée de misères diverses allant de l'appauvrissement matériel et culturel à ce que l'on appelle désormais, tant c'est répandu: le déclassement social.
La révolte est ce qui anime les rues voisines du Maghreb, d'Inde, du Moyen-Orient.
Alors oui c'est vrai, O penseurs télévisés: les Gavroche qui montent sur les barricades face aux canons de l'Armée, jeunes iraniens face à la sauvagerie des pasdaran, jeunes tunisiens ou algériens qui n'ont que des pierres contre des fusils oblitèrent la réalité des forces en présence (Heu.. en fait 70% des Algériens, dirigés par des octogénaires, ont moins de 30 ans).
Mais ils sont poussés par le feu de la faim, la blessure de la honte que procure l'invisibiité.
la terreur d'être jeunes et déjà jetables.

Leurs parents eux-mêmes voient le sol glisser sous leurs pieds, entendent les mots creux de leurs élus impuissants: ils s'adonnent alors aux voix illusoires du yaka genre Tea parties, intégrisme islamique ou Front National, qui arrivent par le même bateau (revoir "la croisière s'amuse").
 

Que la république ne devienne une coque vide


Quelle voix portera la vérité partagée et déchirée du vécu, au-delà de la condamnation, de l'outrance ou de la solution à deux balles?

Qui est assez fou pour aborder certaines problématiques de fond, dire que le système mondial tel qu'il est organisé ne peut plus employer, loger, soigner, nourrir, abreuver, éduquer tout le monde et qu'en conséquence se préparent des zones de fausses prestations sociales?
Qui dira que les gigantesques camps de réfugiés, qui sont des parcs d'humains neutralisés et non pas des Clubmed pour déplacés, prendront surement une forme douce et masquée en Occident mais qu'ils finiront par arriver?


L'ascenseur social en panne,
les escaliers seront occupés par la sécurité privée.

Quand cessera l'épuisante prosternation de la pensée économique devant ce qu'on appelle le "libre-échange", lequel n'est d'ailleurs ni libre ni un échange?
Comment franchir les limites du raisonnable et créer des espaces illogiques?
Comment dénuder le baratin du secret défense, l'alliance de fait du terrorisme avec l'antiterrorisme.
Le mensonge politique global proféré par des gens de (parfois) bonne foi?
N'a-t'il pas fallu de tous temps s'outrepasser, refuser le déni du réel officiel et endosser la tunique de la folie pour voir ce qu'on ne doit pas dire et dire ce qu'on ne doit pas voir?

Ceux qui ont perdu le sens de la réalité ne sont-ils pas ceux qui ne s'indignent pas, qui ne sentent monter en eux aucune révolte, ne ressentent aucune gêne?
Les barbelés sont-ils la ligne de l'horizon?
Aimez-vous les pousse-pieds?





Articles suivants Articles précédents